RACAK, MENSONGE OTANIEN

Cet ouvrage passionnant constitue le tome second d’une suite de deux (premiers ?) ouvrages consacrés à deux massacres « entrés dans l’histoire » : celui de Katyn, qui a vu plusieurs milliers d’officiers – d’active et de réserve – mais aussi des étudiants, des médecins et des fonctionnaires polonais réputés hostiles à l’idéologie communiste) assassinés dans les bois russes éponymes, près de Smolensk, sur ordre de Staline, au printemps de 1940 ; et celui du village de Račak, dans la province serbe du Kosovo, survenu le 15 janvier 1999 et où une quarantaine d’Albanais du Kosovo furent retrouvés tués, groupés et en civil.

L’enquête minutieuse menée pendant plusieurs années, sur le terrain, en France et à Bruxelles par Frédéric Saillot est exemplaire : elle situe à bon droit cet “événement” dans son contexte historique (sans jamais lasser de références trop académiques) ; elle est à la fois scientifique (rappelant avec pertinence l’importance des facteurs démographiques, ethniques, culturels, religieux,…), réfléchie (en s’inscrivant dans un cadre géopolitique plus large que celui des seuls Balkans) et vivante. L’auteur cite en effet (il en a interviewé des dizaines) de très nombreux témoins, acteurs-clés et observateurs, dont il est passionnant de voir le point de vue et les analyses changer sur le temps long, très différemment de leurs premiers rapports et reportages donnés « à chaud ».

Saillot étudie en particulier « les modes de désinformation dont l’événement initial a été l’objet (…) ; événement « qui n’aurait pu être qu’un épisode parmi d’autres » et qui devient « un événement mondial qui va être aussitôt utilisé pour mobiliser les opinions publiques occidentales et servir de prétexte à la première guerre offensive menée par l’Otan en Europe depuis la deuxième guerre mondiale ».

Il démontre « la parfaite entente », pour ne pas dire la complicité, entre l’UCK et les représentants de l’OTAN et certains représentants de l’ONU, « dès le soir des combats », le prétendu “massacre” résultant en fait d’un affrontement entre les forces de police serbes opérant sur leur territoire, et des éléments fortement armés de l’UCK, que les premières ont « étrillé ».

Il détaille les soutiens (politiques, diplomatiques, matériels, moraux et médiatiques) dont l’UCK a bénéficié avant, pendant et après le 15 janvier 1999, de la part de la KVM, « mission de vérification » (sic) mise en place au Kosovo par l’OSCE pour veiller à l’application de l’accord du 13 octobre 1998, décrétant notamment une trêve et un désengagement des forces de Belgrade.

Saillot explique clairement pourquoi il fallait “créer” Račak pour justifier l’intervention de l’Otan, en utilisant les médias dans le cadre d’une opération de propagande mensongère éhontée. Avec le résultat que l’on sait, et les conséquences que l’on mesure tous les jours dans la province serbe du Kosovo.

Parce qu’il « déconstruit » efficacement l’opération de désinformation nouée à Račak, en la situant  dans le contexte de l’évolution des relations internationales qui mènera au conflit, il fait œuvre utile et à ce titre mériterait la plus large diffusion. Puissions-nous modestement y contribuer.

Račak. De l’utilité des massacres. Tome II, par Frédéric Saillot, aux éditions L’Harmattan. 216 pages au format 13,5 x 21,5 cm. 21€. ISBN 9782296122550.

Katyn. De l’utilité des massacres. Tome I. 270 pages au même format. 24,50€. ISBN 9782296122543.


Date: mars 31st, 2011 | Catégorie: Civilisations et courants de pensée, Géopolitique et conflits, Histoire contemporaine, Notes de lecture, Relations internationales et mondialisation | Aucun commentaire »