Ayant « mesuré l’ampleur de la tâche » (écrire une nouvelle histoire de la Marine française…), et abordant son sujet avec « beaucoup d’humilité », Alain Boulaire, agrégé et docteur d’État en Histoire, capitaine de frégate honoraire, membre de l’Institut des Hautes Études de la Défense nationale, enseignant et conférencier sur l’histoire maritime, a donc relevé le défi que lui a lancé son non moins courageux éditeur. Et le résultat est là, qui lui fait honneur.
Dans un format raisonnable, sous une plume alerte, il raconte à la fois l’histoire maritime de la France et celle de sa Marine, s’interrogeant pour chaque période sur les enjeux qu’elle y représentait pour notre pays, sans jamais s’éloigner « de la compréhension des espaces où se déployait (alors, et encore aujourd’hui) la géostratégie de l’État ».
La croissance des flottes militaires asiatiques et, d’une manière générale, des pays émergents en ce début de XXIème siècle, ne montre-t-elle pas que « la maîtrise des mers reste un enjeu fondamental de la géopolitique du troisième millénaire, 80 % du commerce mondial empruntant la voie maritime, et tout indiquant que cette tendance persistera.
Non content d’évoquer d’emblée « la mer, les bateaux, les ports et les hommes », Alain Boulaire nous raconte ici « les grands siècles de la Marine royale » (on appréciera le pluriel…), puis « les révolutions politiques et maritimes » et enfin « les grands conflits du XXème siècle », vus de la mer, bien sûr ; enfin, mais pas seulement, car il nous donne aussi à connaître mieux « la vie des marins, » à bord évidemment, mais également à terre, ici et là avec leurs animaux, réels et rêvés, et toujours avec leur culture propre, si attachante même aux terriens… La « revue « serai incomplète sans un panorama du futur, et quelques réflexions bienvenues sur la géopolitique et la géostratégie maritimes.
Ici, comment ne pas souscrire à ses arguments pour un retour à une grande politique maritime pour la France, « domaine où la volonté doit primer sur les considérations électoralistes », la défense de nos intérêts vitaux étant aujourd’hui maritime, sachant que « les 4/5 de nos approvisionnements, en particulier dans le domaine crucial des hydrocarbures ou de minerais, se font par voie de mer ; et que l’essentiel des activités mondiales – et donc de nos marchés et de nos sources d’approvisionnement – se déroule dans une frange littorale de quelques centaines de kilomètres ».
Alain Boulaire dit aussi des choses justes sur le format de nos flottes militaires (de combat, de surveillance et d’assistance) et civile (de transport), ainsi que sur le rôle croissant d’acteurs mal connus, comme les préfets maritimes, que ses lecteurs, que nous souhaitons nombreux, apprécieront à leur grande valeur.
Spécialiste érudit d’histoire maritime, excellent conteur, Alain Boulaire nous offre ici une somme, parfaitement accessible, de connaissances et de réflexions pour changer notre regard sur la mer, les marins et la Marine de la France.
La Marine française, d’Alain Boulaire, aux éditions Palantines. 382 pages au format 15 x 24 cm. Bibliographie, index des navires cités. 23€. ISBN 9782356780560.
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