La campagne de France de 1940 est souvent décrite comme une avance fulgurante des Panzer-Divisionen vers la Manche d’abord, puis vers le Sud. Mais la rapidité de la victoire allemande ne doit pas être assimilée pour autant à une promenade de santé. A de nombreuses reprises, l’armée française s’est défendue avec acharnement.
Alors que les Panzer de Gudérian s’élancent plein Ouest, l’état-major allemand redoute à juste titre une contre-attaque venant du Sud, destinée à reprendre la tête du pont au sud de la Meuse et couper les Panzer de leurs bases. Gudérian, conscient du danger, envoie sa 10ème Panzer-division et le régiment Grossdeutschland (deux unités d’élite) prendre une chaîne de collines boisées, à une vingtaine de kilomètres au sud de Sedan. De l’autre côté de cette barrière naturelle, deux excellentes divisions françaises, les 3ème DIM (Division d’infanterie motorisée) et 3ème DCR (Division cuirassée de réserve), bien équipées et surtout parfaitement commandées, sont en cours de regroupement en vue d’attaquer en direction de Sedan.
Cette superbe position défensive est percée en son centre par une route et un village d’une douzaine de fermes dont le nom allait marquer à jamais des milliers de combattants des deux camps : Stonne.
La bataille de Stonne commence. Elle est l’une des premières du second conflit mondial opposant deux forces puissantes, bien armées et bien dirigées. C’est à Stonne qu’un canon antichar français met coup sur coup trois Panzer IV hors de combat et qu’un char B1 bis affronte seul victorieusement… une colonne de treize Panzer ! A Stonne, bon nombre d’attaques finissent au corps à corps, et le bombardement d’une position peut tuer seize hommes sur 25 en quelques minutes.
D’une violence implacable, la bataille de Stonne est émaillée d’actes héroïques. Elle préfigure de la rudesse des combats à venir, mais reste l’une des dernières où une forme de respect de l’adversaire est encore perceptible. Certains officiers allemands s’en souviendront – ils en témoigneront longtemps après – comme leur « Verdun de 1940″. Ce que confirmera l’historien allemand Karl-Heinz Frieser qui écrira, après une longue enquête, que » les soldats de la Wehrmacht ont toujours comparé l’enfer de la Somme en 1940 à l’enfer de Verdun en 1916 (…) la résistance des unités françaises à Stonne les ayant même fait douter de leur propre valeur » (sic).
Il faut remercier Jean-Paul Autant* de combler, avec cet ouvrage saisissant, une grave lacune en faisant la lumière sur un épisode de la campagne de France complètement ignoré des Français d’aujourd’hui, qui prend le contre-pied des idées reçues et prouve de manière éloquente la bravoure – jusqu’à l’héroïsme, et la combativité des soldats français quand ils sont motivés, correctement armés et commandés par des sous-officiers et des officiers de valeur et de tempérament.
La bataille de Stonne – Mai 1940 – Un choc frontal durant la campagne de France, de Jean-Paul Autant* avec le témoignage de Jean-Pierre Levieux**, aux Editions France Europe. 370 pages. Très nombreuses illustrations, dont 80 photos originales prises lors de la bataille, en n&b et couleur ; cartes géographiques ; plans détaillés et croquis. 25€. ISBN. 9782848252438.
N.B. Cet ouvrage a été récompensé par le prix « Jacques-Chabannes » 2011 décerné par l’Association des écrivains combattants et a été l’un des 7 finalistes en vue du prix « Honneur et Patrie » 2011 décerné par la Société d’entraide des membres de la Légion d’honneur.
* Fils d’un combattant de Stonne, Docteur en sciences humaines, il étudie depuis plusieurs années la situation et le rôle de la France dans la Seconde Guerre mondiale, dont il rend compte dans de nombreux articles et ouvrages.
** Jean-Pierre Levieux a participé, en qualité de combattant artilleur, à la bataille de Stonne. Décoré de l’ordre national du Mérite, actuellement président de l’Association des artilleurs du 42ème et 242ème régiment d’artillerie, anciens combattants de la 3 ème Division d’infanterie motorisée, il apporte ici son témoignage et nombre d’informations précises sur les combats de Stonne.
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